UNE BONNE PRISE //005 – METROPOLITAN

Metropolitan (1990) Réalisateur: Whit Stillman

Whit Stillman est un cinéaste un brin énigmatique et méconnu, qui a réalisé trois films en huit ans pour ne plus concrétiser aucun autre projet par la suite. Cependant, deux de ses films, « The Last Days of Disco » et « Metropolitan » font maintenant partie du club sélect de la Collection Criterion. Ce qui est propre au cinéma de Whit Stillman est son ton : des comédies aux dialogues brillants, entre ironie, douceur et nostalgie. « Metropolitan », son premier film, offre un bon exemple de son style nuancé.

Le film se déroule durant les vacances d’hiver, alors que la jeunesse dorée de New York se retrouve en congé et revient à la maison, délaissant les campus des universités prestigieuses (Harvard, Yale, Princeton, etc.). Durant cette période se déroule la saison des « débutantes », c’est-à-dire une série de bals en tenue formelle, mais surtout, une série de fins de soirées passées dans de vastes appartements à discuter politique, philosophie et sexe.

L’histoire est celle de Tom Townsend, un étudiant de classe moyenne qui, par hasard, fait la connaissance du Sally Fowler Rat Pack, un groupe de New-Yorkais issus de la UHB, la Urban Haute Bourgoisie. Ses opinions de gauche et ses discutions à propos du philosophe politique français Charles Fourier le rendent intrigant aux yeux des filles et, par la force des choses, il devient rapidement l’un des membres de ce groupe de jeunes privilégiés new-yorkais.

Alors que la majeure partie de l’action du film se déroule du haut des grands appartements new-yorkais, isolés des bruits de la ville, « Metropolitan » est avant tout un film où les dialogues occupent une place de choix.

J’oserais dire que le cinéma de Whit Stillman a quelque chose d’analogue à celui de Sofia Coppola, de par son désir de nous dévoiler un monde privilégié de l’intérieur, avec autant d’ironie que d’affection. Cependant, tandis que Sofia Coppola préfère souvent économiser les mots pour faire davantage parler l’image, Whit Stillman n’hésite pas à faire converser ses personnages. Il est excellent pour concevoir des dialogues qui révèlent peu à peu, de façon très organique, les personnalités des différents personnages qui envahissent nuit après nuit le salon de Sally Fowler. Entre autres, on apprend à connaître Tom, l’étudiant qui n’est pas tout à fait à sa place, mais qui séduit les filles grâce à son côté intellectuel et mystérieux. Il y a aussi Nick, l’égoïste imbu de lui-même, mais tout de même flamboyant et attachant. Et finalement, Charles, qui est certainement l’un des plus drôles avec ses airs sérieux et ses réflexions simili profondes sur la vie.

La vision du cinéaste peut sans doute se résumer à une vision drôle et très personnelle d’un milieu nanti, qui a influencé par la suite d’autres cinéastes ayant développé un style ou des thèmes semblables, comme Noah Baumbach et Wes Anderson. « Metropolitan » de Whit Stillman a l’humour, la chaleur et la pointe de moquerie nécessaires pour faire de ce film un classique oublié.

Publié dans LES BONNES PRISES | Laisser un commentaire

UNE BONNE PRISE //004 – FERRIS BUELLER’S DAY OFF

Le fait que l’on retrouve souvent, sur le DVD du film « Ferris Bueller’s Day Off », la mention promotionnelle I love 80’s révèle déjà beaucoup de choses sur celui-ci. Écrit et réalisé par Jonh Hughes, le regretté philosophe de l’adolescence à qui l’on doit les films cultes « Sixteen Candles » et « The Breakfast Club », ce film est une comédie qui a marqué toute une génération, et qui constitue une excellente façon de retourner dans une époque que je n’ai pas connue, celle de « Rocky IV », de « Top Gun » et de « Back to The Future ».

Au cœur de l’intrigue se trouve Ferris Bueller, candidat sérieux au titre de garçon de 16 ans le plus cool au monde. Ingénieux, brillant, charismatique et à l’aise dans toutes les situations, Ferris Bueller est littéralement too cool for school : Détenteur d’un taux d’absentéisme record, il échappe à la réglementation scolaire par toutes sortes de stratagèmes.

À la fois insolent, drôle et incroyablement doué pour le mensonge, Ferris navigue de situation en situation avec une aise frôlant le ridicule. Les élèves de son école l’admirent et ses parents ne soupçonnent aucunement ses activités extrascolaires ; les seuls détracteurs de Ferris sont le directeur de son école, ainsi que sa sœur, qui est légèrement jalouse de son habilité à se sortir du pétrin.

Avec une cinématographie jouant dans les couleurs claires et un peu délavées, ainsi qu’une bande sonore qui fait dorénavant partie de la culture populaire, « Ferris Bueller’s Day Off » rend bien le genre d’ambiance qui régnait dans les années 80. Mais ce qui distingue réellement ce film de la myriade de comédies adolescentes est certainement son ton, qui est assez unique en son genre : John Hughes semble un peu avoir la vision et l’esprit d’un adolescent surdoué qui aurait soudainement eu à sa disposition tout ce qu’il lui fallait pour réaliser un film de facture hollywoodienne.

Ce qui en résulte est une véritable célébration de l’adolescent, dont le principal but est d’être libre, quitte à user de manipulation, à se faufiler et à déroger à la loi, mais tout cela, évidemment, avec un bon cœur tout au fond.

Ferris Bueller’s Day Off (1986)                                                                                                         Réalisateur: John Hughes

Publié dans LES BONNES PRISES | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

UNE BONNE PRISE //003 – UN PROPHÈTE

Un prophète (2009)                                                                                                                           Réalisateur: Jacques Audiard

J’ai honteusement passé à côté du film “Un prophète” lorsqu’il a pris l’affiche au Québec après avoir gagné  la palme d’or à Cannes presque un an auparavant. Louangé par la critique, c’était le film du moment. Néanmoins, malgré le hype, jamais je n’avais eu l’occasion de le voir. Dès sa sortie en DVD,  mes amis ont commencé à m’en parler, me poussant à le visionner.

Il est juste d’admirer « Un prophète ». Il s’agit d’un brillant drame à saveur criminelle.

Pourquoi? Parce que ce film retourne aux bases du storytelling et du développement des personnages, en plus d’offrir une fabuleuse chronique sur le pouvoir. Rarement un film m’a fait réfléchir de façon aussi limpide sur les instances en action dans l’ascension sociale d’un personnage dans le monde du crime organisé.

Je ne me fais pas assez confiance pour vous raconter ne serait-ce qu’un pan de cette histoire enlevante sans craindre de gâcher un peu votre plaisir… Mais sachez qu’il s’agit d’un récit traditionnel dans la forme, avec un déroulement plus ou moins chronologique, mais redoutablement efficace.

Jacques Audiard, le réalisateur, et Stéphane Fontaine, le directeur photo, ont relevé le pari risqué de nous plonger en milieu pénitentiaire pendant la majeure partie du film. Dur, donc, de jouer la carte de l’esthétisme à outrance. Mais la colorisation savante et sobre ainsi que les cadrages maîtrisés agissent efficacement et discrètement, comme la plume habile d’un auteur qui sait dissimuler son style. Le film est plutôt long, mais je ne m’y suis pas ennuyé une seconde tant les rapports entre les personnages sont réels, complexes et intéressants.

Un film à regarder bien installé, prêt à s’absorber dans le milieu carcéral pour un bon moment. Mais le récit au style clair et simple fera vibrer n’importe quel amateur de film.

Publié dans LES BONNES PRISES | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

UNE BONNE PRISE //002 – LE SAMOURAÏ

Le Samouraï (1967)
Réalisateur: Jean-Pierre Melville

« Le Samouraï », chef d’œuvre de Jean-Pierre Melville, est un film qui évoque pour moi une certaine notion de cool : un homme solitaire, n’obéissant qu’à ses principes, errant dans un Paris  méconnaissable, cherche à échapper au cours d’un destin tragique.

Alain Delon, assez beau bonhomme, offre dans ce film une performance qui lui a garanti, par la suite, le statut d’icône. Il incarne un tueur à gages aux habitudes précises et codifiées, invoquant la culture des Samouraïs. Ce film, louangé par plusieurs cinéastes tels que John Woo et Quentin Tarantino, est un intéressant mélange prenant ses racines dans les films de gangsters des années 40 et de la culture pop française des années 60. À ces influences se greffe un soupçon de mythologie japonaise librement interprétée. D’ailleurs, la citation au début du film est une pure invention du réalisateur.

Melville utilise une approche formelle et fortement stylisée. « Le Samouraï » est une œuvre atmosphérique, presque minimaliste, où les tons bleu gris sont maîtres et illustrent un monde froid, en plus de renvoyer à l’aspect solitaire et énigmatique de Delon.

Ce n’est définitivement pas un film pour tout le monde, un film un brin froid et calculé. Les individus friands de scènes de violence spectaculaires risquent de ne pas apprécier la patience, si l’on peut dire, de Melville. Son film met un certain temps à nous plonger dans son ambiance et à nous mener au cœur d’une intrigue bien conçue.

Un bon film à visionner le soir, cocktail à la main, au creux d’un fauteuil Charles Eames.

Publié dans LES BONNES PRISES | Tagué , , , , , , | Laisser un commentaire

UNE BONNE PRISE //001 – THE INSIDER

The Insider (1999)
Réalisateur : Micheal Mann

Le film débute au Moyen-Orient. Plans de pickups rouillés, plan d’un otage. Référence au Hezbollah par-ci, référence au terrorisme par-là. Serions-nous en 2003-2004? Non! En fait, ce film est sorti en 1999, soit 2 ans avant les attentats du 11 septembre. Alors comment expliquer la clairvoyance de Michael Mann? Faire un film sur le terrorisme en 1999, that’s on some next level -ish!

Or, Mann n’est pas un devin ; on réalise que les premières minutes moyen-orientales n’ont rien à voir avec le reste du film. La véritable intrigue se déroule surtout au Kentucky, et s’inspire d’un article publié dans le Vanity Fair. On y raconte l’histoire vraie de Jeffrey Wigand, vice-président à la R&D d’une importante compagnie de cigarettes, et de Lowell Bergman, un journaliste qui produit l’émission 60 Minutes sur CBS. Les deux hommes machineront ensemble pour révéler des secrets compromettants concernant l’industrie du tabac, malgré les menaces et les pressions de différents groupes.

Ainsi résumée, l’histoire de « The Insider » peut sembler ronflante, mais c’est loin d’être le cas. Michael Mann l’organise comme un combat moral et éthique entre le désir d’exposer la vérité et celui de protéger ses intérêts personnels. Le récit est traité comme un film d’action, où les coups de feu et les explosions prennent plutôt la forme de dépositions légales et d’appels téléphoniques. Al Pacino est tout feu tout flamme dans le rôle de Lowell ; Russel Crowe, méconnaissable en corporate mal à l’aise et amoché par la vie.

Je dois admettre être vendu d’avance à l’esthétisme de Michael Mann, mais ce n’est pas n’importe quel réalisateur qui aurait pu rendre justice à cette histoire. Mann y parvient de main de maître. Ce que j’apprécie particulièrement, c’est son habileté à esthétiser les environnements dans lesquels se retrouvent les protagonistes.

«Where are you?» demande Jeffrey Wigand à Lowell.

-»I’m on forced vacation», répond Lowell dans une lumière magique, la mer jusqu’au genoux.

Son esthétisme léché ne sert pas uniquement à mettre la poudre aux yeux. Il aiguise également nos sens, nous permettant de mieux cerner les personnages, qu’il définit comme des héros plus grands que nature dans une histoire qui atteint des proportions épiques.

Un film pour tous ceux qui s’intéressent aux dessous du journalisme et des affaires légales. Un grande œuvre américaine, à la fois complexe et accessible. Tout simplement grandiose.

En bonis : Le personnage de Al Pacino renvoie constamment à la crise d’Oka, opposant la Sureté du Québec aux autochtones, en 1990.

Publié dans LES BONNES PRISES | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Préface

X

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire